vendredi 11 novembre 2005

Illona dans les étoiles


Illona Mitrecey est l'exception à ma règle de ne pas supporter les gamines chantantes. Depuis son "Monde Parfait" et ses airs techno-tziganes, je suis sous le charme de ses vidéos au graphisme délicieux.
Sa dernière chanson "Dans ma fusée" est une sucrerie colorée, la mélodie colle aux images numériques de son univers.

Il y a quelque chose de l' iconographie des anciens pays de l'Est qui revit dans les petits personnages de ses clips et qui force un décalage plein d'humour. Stylisé à l'extrême, l'univers du petit personnage et de ses animaux, est animé avec un soin rare. Dans ma fusée fait des clins d'oeil à Stanley Kubrick et son Odyssée de l'Espace.
Mais c'est anecdotique... le voyage interplanétaire d'Illona se passe de grands aînés et s'écoute en boucle, comme une avalanche de bonbons...

Une Madone et un Abbé


Attendue comme une apparition musicale d'envergure cosmique, le dernier album de Madonna, Confession on the Dance Floor, sortie le 17 novembre AD, est annoncé par le single "Hung up".
La bonne nouvelle, c'est que ce titre est dansant en diable et sans aucun message familial, politique ou social. C'est de la dance dance dance et ça fonctionne comme une horloge suisse : à la perfection.
En plus, le thème de "Gimm me, Gimm me ,Gimm me" d'Abba revient sans cesse, et le mélange, toujours risqué, est une réussite totale. Les remixes de toutes sortes vont fleurir, et il y matière à des versions longues de folie.
La mauvaise nouvelle : le clip. Urbain et rappeur d'un côté, salle de danse années 80 de l'autre. Du déjà vu vraiment pas à la hauteur du titre.



Quand l'Abbé Pierre s'adresse à Dieu, ce n'est pas en mouton tondu de la communication du Vatican de Benoît Seize. Le livre "Mon Dieu,pourquoi "est mince, les chaptires sont courts, mais le vénérable religieux y parle avec une fraîcheur d'âme qui réconforte tous ceux qui se sentent éloignés de la ligne de pensée romaine. L'ordination des femmes, l'homoparentalité, le mariage des prêtres et les unions consenties "alliances" entre personnes de même sexe, et l'allégement du pouvoir du Vatican : les thèmes sont forts et les réponses douces, dans une religion fondée sur l'Amour rien de ces questions humaines ne sont à rejeter. L'Abbé Pierre insiste sur le message des Evangiles, le seul qui soit important et qui est trop souvent mis de côté au profit d'une morale rigoriste. Le message du Christ avant la morale temporelle des hommes. A quatre vingt treize ans, l'Abbé Pierre esquisse un autre visage du catholicisme: celui de la transcendance et du partage sans renier le sens premier des Evangiles. Ses reflexions, receuillies par Frédéric Lenoir sont inspirantes.

mardi 8 novembre 2005

Disques : Robert, Robbie et Depeche Mode






Robert est une chanteuse a la voix pure et aux musiques rares. Robert est élitiste et évanescente, princesse déchue et symboliste à ravir, elle joue de ses longs cheveux et de ses textes tarabiscotés que met si bien en valeur sa voix cristalline.
Sylphide, fée, sorcière, amante.... elle est les incarne toutes à la fois dans les écrins de ses chansons aux précieuses chantournures.
Son dernier album, Six pieds sous Terre, est original , délicatement morbide et juste assez surrané pour être intemporel. Piano, cordes et poésie accompagnent les errances et les élans de cette Ophèlie qui n'en finit pas d'aimer, de maudire et de si bien dire ses amoures et ses chagrins. Son disque est un receuil de petits contes cruels et féeriques et de subtils aphorismes servis par la musique de Saladin. Le premier titre de l'album Personne a tout pour la faire apprécier à un plus large public sans l'inféoder à une mode populaire. Ensuite Prière pour aller au Paradis, l'Hymne à la Mort et Six pieds sous terre....et les autres sont des invitations à la suivre
dans les beaux jardins de son imaginaire.
http://robertlesite.net/


Robbie Williams, avec Intensive Care, propose un album de pop rock ultra classique, et ultra efficace. A la première écoute, il semble moins original qu'Escapology, son avant dernier, mais le charme opère vite et les mélodies s'enchainent et accrochent. Robbie Williams, le chanteur, est à l'opposé de Robbie Williams, le defrayeur de chronique : un chanteur de pop très talentueux et maitre de sa voix , qui ne dépasse aucune des mesures établies depuis des lustres.
Fils musical d'Elton John et de David Bowie, avec des accents et des accords de Lenon, il est l'héritier de cette musique anglaise, claire, précise, limpide et juste assez novatrice à chaque fois pour rester au top de la musique populaire européenne.
Les orchestrations sont soignées, les mélodies impeccables, les textes passe partout, les messages bien sages sous le vernis de la provocation d'usage : le tout sur 12 morceaux qui se répondent en rythme. Intensive Care a tout pour être une pépinière de hits, et après Tripping j'hésite entre le superbe Advertising Space ou King of Bloke and Birds pour le succès de Noël, à moins du sémillant Your Gay Friend ou Sin Sin Sin.

Vous avez dit "main stream music" ? .... qu'importe la dénomination, je suis déjà accro.



http://www.robbiewilliams.com/

Le nouvel album de Depeche Mode Playing the Angel est un album d'exception.
Après quelques années d'une trop longue absence, le groupe revient avec un style magnifié et immédiatement reconnaissable, décliné en variations sur le thème de la souffrance. On retrouve les cadences de Violator et les harmonies de Ultra, dans une ambiance sombre, transcendée et mystique à souhait. Playing the Angel est métaphysique, introspectif, mélodique, électro, actuel sans rien renier des particularités musicales du groupe, avant gardiste ..... et tout simplement beau.
C'est en ne reniant rien de ce qui a fait leur style, en ne cédant à aucune mode, le trio de Depeche Mode a montré, de main de maître, que suivre leur ligne propre les menait au succès, puisque leur album, sorti le 17 octobre en Europe, est en tête des ventes, annoncé par le single Precious et son clip onirique et fantasmatique.
Pour la première fois, le chanteur Dave Gahan a signé trois chansons, dont la très belle Nothing's impossible et I want it all. Pour le reste, c'est Martin Gore qui a su créer et recréer des ambiances d'une rare amplitude, Damaged People, Macro, Suffer Well... Le jeune musicien des années 80, derrière ses synthés, est devenu un des compositeurs les plus doués et les plus singuliers de sa génération. Un maître dans son style.

Playing the Angel s'écoute comme un trésor, il ne perdra pas son éclat de si tôt.


dimanche 6 novembre 2005

La Bête Curieuse de Brigitte Fontaine : Bêtise sans Curiosité


Originale, Brigitte Fontaine cherche à l'être : laborieusement. Son style, déclaré inimitable, pour résumer les excentricités répétées de l'artiste auto proclamée décadente et poétique, on le connaissait à travers ses chansons. Mais la dame se veut aussi écrivain. Sérieusement écrivain.
Elle publie cet automne La Bête Curieuse, chez Flamarion, long récit, long surtout parce qu'il est très ennuyeux, des errances sensuelles d'Hannah.

Le texte manque de structure , les répétitons sont assomantes et la revue de toutes les conventions originales fatiguante.... La Bête Curieuse est un florilège des plaisirs des sens pour apprentis décadents qui rêvent devant les menus des grands restaurants et les facades des palaces. Qu'il serait bon d'y vivre des vies dévouées au plaisir pur, un hédonisme radieux traversé d'amoures fantasques et de se sustanter de mets raffinés et de plaisirs plus raffinés encore. . . Encore faudrait-il un soupçon d'originalité vraie pour que la sauce, rare, prenne corps et que le livre se fasse délice.

Son écriture est à l'image de son image, travaillée pour être originale : elle épuise à force de contrainte. Or l'originalité est par essence spontannée, c'est là le hic.
Déjà vu, déjà lu, déjà bu, mangé... et autre, sans que la moindre substance ne sous tende cet étalage d'ultra fantasmatique. La décadence se réinvente à chaque époque, et Brigitte Fontaine ne réivente rien, elle la restitue péniblement avec des envolées repiquées. Alors, pour retrouver les belles nuances absinthe de la décadence, je choisis de me retrouver en tête à tête avec des symbolistes que la mode et la surmondanité ne fatiguent plus. La Bête Curieuse m'a donné envie de relire Huysmans, A Rebours. C'est déjà ça.... après trop de tout.

samedi 29 octobre 2005

Amélie Nothomb, Acide Sulfurique


Pannonique, la Cathodique

L’air de rien, les courts romans d’Amélie Nothomb sont des contes philosophiques, des précis d’ethnologie et des récits d’histoire sainte. Le tout soutenu par un style en archée, limpide et équilibré. Le propos d’Acide Sulfurique, son dernier livre, est vaste : sous couvert d’une parabole sur la télé réalité c’est le vieil antagonisme entre l’abjection et la grandeur humaine qui se rejoue.
La télé réalité n’est qu’un simple phénomène de mode médiatique, il pèse bien peu face à l’horreur du monde. Pourtant, ce phénomène participe aussi de l’horreur banalisée et de l’abjection doucereuse.
L’abjection qui consiste à observer, à juger et à éliminer des groupes humains filmés dans une banalité concentrationnaire et à banaliser cathodiquement le voyeurisme le plus veule.
Alors, pourquoi ne pas repousser les frontières de cette ludique infamie et placer ces concentrations volontaires et voyeuristes dans les cadres d’une abjection historique et humaine. La concentration du jeu télévisuel devient la concentration du camp et l’élimination des candidats une mort en direct.
Dans le monde d’Acide Sulfurique, le jeu « Concentration » met en scène des prisonniers et des kapos, des bons et des méchants. Les prisonniers sont raflés en masse. Les kapos ont choisi leur rôle, ils s’imaginent libre. Zdena, 20 ans, est une pauvre fille qui se croit devenue quelqu’un parce qu’elle est kapo et qu’elle est passée en direct à la télé. 20 ans de vulgarité et de violence brute buttent sur la révélation de la grâce et de la délicatesse, incarnée par Pannonique, prisonnière de 20 ans elle aussi, blanche et pure comme une miniature médiévale. Devant la beauté irradiante et hautaine de Pannonique, Zdena s’affole, entre violence et douceur, sous l’œil avide de la caméra qui restitue le huis clos sentimental aux spectateurs.
Tous se repaissent de Concentration, la montée en puissance de l’horreur est proportionnelle à la montée du taux d’audience.
Pannonique, martyre cathodique, pure comme toute sainte, promise au martyre télévisuel, apporte à ses compagnons d’infortune ce supplément d’âme qui leur donne la force de s’accrocher aux vestiges de leur dignité humaine, langage et attitudes portés comme les garants d’une réalité plus haute. Comme dans les contes, la bête, Zdena sera transformée par la grâce et la beauté pure de Pannonique, christique à souhait. La brute épaisse retrouvera son âme devant la sainteté et la magnificence de Pannonique qui tranchent sur les beautés frelatées des impositions médiatiques. Son éclat insuffle la force de bousculer les fondements de ce monde absurde. Il reste un peu de place dans l’humain. Une place pour le silence, la musique et la parole.

La vision déformée, anamorphosée, d’un certain quotidien télévisuel prend assez de densité pour que la substance de ce conte prenne corps et âme. Surtout, le roman ne tombe jamais dans les pièges des descriptions ou des anecdotes. Le monde paradoxal de Nothomb est une réalité à peine outrée, réduite à l’essentiel de l’horreur et de la magnificence Le bien et le mal retrouvent leur marques simples et complexes et les personnages, figurés aussi simplement que des marionnettes de papier d’un théâtre d’ombre s’irriguent de toutes les facette de l’être.


Acide Sulfurique

Albin Michel 2005

Autre critique d'Acide Sulfurique par Isabelle Phillips







jeudi 20 octobre 2005

Critique litéraire : Frédéric Mitterand, La mauvaise vie,


Beaucoup de bruit pour rien, ce livre autobiographique de Frédéric Mitterand est un roman plat. Amateur de cinéma, Frédéric Mitterand l'est, à n'en pas douter, car son livre pourrait servir de script à une reprise de tous les classiques de l'enfance bourgeoise, mal protégée et de la jeunesse gâchée avec une négligence qui n'a même pas l'excuse de la vraie élégance, du vrai détachement.
Frédéric Mittérand promène un regard hautain sur le monde, son monde, celui de l'enfance et de l'adodescence dont il émerge avec les langueurs languissante et les dégouts d'un raffiné.
Ennuyeuse, attendue, vaguement impudique et précisément floue sur l'essentiel. son autobiographie joue du dénigrement social et de la pitié sévère pour le petit garçon, seul et riche, devenu ce grand jeune homme sensible, trop et tellement sensible, qu'on ne devrait pas excuser pour tout, même si les excuses et les explications sont là, prètes à servir. A servir et à excuser comme les bonnes et les gouvernantes, mères tutélaires de ce petit Marcel des années cinquantes.
Le style se veut sobre, mais il y a parfois de tels clichés que l'on regrette les débordements les plus extrêmes du style Mitterandien, celui des tragédies royales et princières et des envolées lyriques. C'était outrancier mais vivace. Là c'est raisonnable à s'endormir. Et on devine que ce film compassé masque des pages d'une histoire plus crue, plus dure, plus scandaleuse et plus humaine. Mais on la cherche en vain. Après cette mauvaise vie, on attend de la bonne .