samedi 29 octobre 2005

Amélie Nothomb, Acide Sulfurique


Pannonique, la Cathodique

L’air de rien, les courts romans d’Amélie Nothomb sont des contes philosophiques, des précis d’ethnologie et des récits d’histoire sainte. Le tout soutenu par un style en archée, limpide et équilibré. Le propos d’Acide Sulfurique, son dernier livre, est vaste : sous couvert d’une parabole sur la télé réalité c’est le vieil antagonisme entre l’abjection et la grandeur humaine qui se rejoue.
La télé réalité n’est qu’un simple phénomène de mode médiatique, il pèse bien peu face à l’horreur du monde. Pourtant, ce phénomène participe aussi de l’horreur banalisée et de l’abjection doucereuse.
L’abjection qui consiste à observer, à juger et à éliminer des groupes humains filmés dans une banalité concentrationnaire et à banaliser cathodiquement le voyeurisme le plus veule.
Alors, pourquoi ne pas repousser les frontières de cette ludique infamie et placer ces concentrations volontaires et voyeuristes dans les cadres d’une abjection historique et humaine. La concentration du jeu télévisuel devient la concentration du camp et l’élimination des candidats une mort en direct.
Dans le monde d’Acide Sulfurique, le jeu « Concentration » met en scène des prisonniers et des kapos, des bons et des méchants. Les prisonniers sont raflés en masse. Les kapos ont choisi leur rôle, ils s’imaginent libre. Zdena, 20 ans, est une pauvre fille qui se croit devenue quelqu’un parce qu’elle est kapo et qu’elle est passée en direct à la télé. 20 ans de vulgarité et de violence brute buttent sur la révélation de la grâce et de la délicatesse, incarnée par Pannonique, prisonnière de 20 ans elle aussi, blanche et pure comme une miniature médiévale. Devant la beauté irradiante et hautaine de Pannonique, Zdena s’affole, entre violence et douceur, sous l’œil avide de la caméra qui restitue le huis clos sentimental aux spectateurs.
Tous se repaissent de Concentration, la montée en puissance de l’horreur est proportionnelle à la montée du taux d’audience.
Pannonique, martyre cathodique, pure comme toute sainte, promise au martyre télévisuel, apporte à ses compagnons d’infortune ce supplément d’âme qui leur donne la force de s’accrocher aux vestiges de leur dignité humaine, langage et attitudes portés comme les garants d’une réalité plus haute. Comme dans les contes, la bête, Zdena sera transformée par la grâce et la beauté pure de Pannonique, christique à souhait. La brute épaisse retrouvera son âme devant la sainteté et la magnificence de Pannonique qui tranchent sur les beautés frelatées des impositions médiatiques. Son éclat insuffle la force de bousculer les fondements de ce monde absurde. Il reste un peu de place dans l’humain. Une place pour le silence, la musique et la parole.

La vision déformée, anamorphosée, d’un certain quotidien télévisuel prend assez de densité pour que la substance de ce conte prenne corps et âme. Surtout, le roman ne tombe jamais dans les pièges des descriptions ou des anecdotes. Le monde paradoxal de Nothomb est une réalité à peine outrée, réduite à l’essentiel de l’horreur et de la magnificence Le bien et le mal retrouvent leur marques simples et complexes et les personnages, figurés aussi simplement que des marionnettes de papier d’un théâtre d’ombre s’irriguent de toutes les facette de l’être.


Acide Sulfurique

Albin Michel 2005

Autre critique d'Acide Sulfurique par Isabelle Phillips







jeudi 20 octobre 2005

Critique litéraire : Frédéric Mitterand, La mauvaise vie,


Beaucoup de bruit pour rien, ce livre autobiographique de Frédéric Mitterand est un roman plat. Amateur de cinéma, Frédéric Mitterand l'est, à n'en pas douter, car son livre pourrait servir de script à une reprise de tous les classiques de l'enfance bourgeoise, mal protégée et de la jeunesse gâchée avec une négligence qui n'a même pas l'excuse de la vraie élégance, du vrai détachement.
Frédéric Mittérand promène un regard hautain sur le monde, son monde, celui de l'enfance et de l'adodescence dont il émerge avec les langueurs languissante et les dégouts d'un raffiné.
Ennuyeuse, attendue, vaguement impudique et précisément floue sur l'essentiel. son autobiographie joue du dénigrement social et de la pitié sévère pour le petit garçon, seul et riche, devenu ce grand jeune homme sensible, trop et tellement sensible, qu'on ne devrait pas excuser pour tout, même si les excuses et les explications sont là, prètes à servir. A servir et à excuser comme les bonnes et les gouvernantes, mères tutélaires de ce petit Marcel des années cinquantes.
Le style se veut sobre, mais il y a parfois de tels clichés que l'on regrette les débordements les plus extrêmes du style Mitterandien, celui des tragédies royales et princières et des envolées lyriques. C'était outrancier mais vivace. Là c'est raisonnable à s'endormir. Et on devine que ce film compassé masque des pages d'une histoire plus crue, plus dure, plus scandaleuse et plus humaine. Mais on la cherche en vain. Après cette mauvaise vie, on attend de la bonne .