
Originale, Brigitte Fontaine cherche à l'être : laborieusement. Son style, déclaré inimitable, pour résumer les excentricités répétées de l'artiste auto proclamée décadente et poétique, on le connaissait à travers ses chansons. Mais la dame se veut aussi écrivain. Sérieusement écrivain.
Elle publie cet automne La Bête Curieuse, chez Flamarion, long récit, long surtout parce qu'il est très ennuyeux, des errances sensuelles d'Hannah.
Le texte manque de structure , les répétitons sont assomantes et la revue de toutes les conventions originales fatiguante.... La Bête Curieuse est un florilège des plaisirs des sens pour apprentis décadents qui rêvent devant les menus des grands restaurants et les facades des palaces. Qu'il serait bon d'y vivre des vies dévouées au plaisir pur, un hédonisme radieux traversé d'amoures fantasques et de se sustanter de mets raffinés et de plaisirs plus raffinés encore. . . Encore faudrait-il un soupçon d'originalité vraie pour que la sauce, rare, prenne corps et que le livre se fasse délice.
Son écriture est à l'image de son image, travaillée pour être originale : elle épuise à force de contrainte. Or l'originalité est par essence spontannée, c'est là le hic.
Déjà vu, déjà lu, déjà bu, mangé... et autre, sans que la moindre substance ne sous tende cet étalage d'ultra fantasmatique. La décadence se réinvente à chaque époque, et Brigitte Fontaine ne réivente rien, elle la restitue péniblement avec des envolées repiquées. Alors, pour retrouver les belles nuances absinthe de la décadence, je choisis de me retrouver en tête à tête avec des symbolistes que la mode et la surmondanité ne fatiguent plus. La Bête Curieuse m'a donné envie de relire Huysmans, A Rebours. C'est déjà ça.... après trop de tout.
